Projet San Isidro à Tlaxclo : Au cœur du Mexique, un lieu de formation et de recherche pour des constructions naturelles

 Lors de notre passage dans la région de Tlaxcala dans le centre du Mexique, nous sommes allés visiter le projet San Isidro (http://www.proyectosanisidro.com/), situé sur les hauteurs du village de Tlaxco.  Lors d’une discussion, Alejandra Caballero, architecte et gérante du projet,  nous présente l’histoire du « proyecto San Isidro » et nous explique le fonctionnement du lieu.

L’Histoire du projet et la fondation du lieu de San Isidro

Alejandra Caballero : « Le projet San Isidro n’a pas été conçu initialement dans un but particulier, il est plutôt le résultat de l’expérience d’une famille qui a fait le choix d’un retour à la campagne pour son mode de vie.

En revenant vivre à la campagne, mes parents avaient deux préoccupations : Réhabiliter les forêts des collines environnantes, victimes d’une exploitation outrancière, et restaurer le sol pour retrouver un équilibre naturel.

Mon père a eu la chance de travailler à cette époque avec un des élèves de Rudolf Steiner, (ndlr : connu en tant que philosophe pour être le fondateur de l’anthroposophie, philosophie qui replace le lien entre l’être humain et son environnement au centre de la conscience et développe la responsabilité individuelle). Il a également travaillé avec l’agronome Ehrenfried Pfeiffer, qui fut l’un des initiateurs de l’agriculture biodynamique aux USA, dans les années 30. C’est sur ces bases de travail qu’il a pu entamer ses recherches pour la restauration du sol des forêts de Tlaxco. »

« Dans ce contexte, mes parents on fait le choix d’un mode d’éducation adapté à ce mode de vie à l’écart des villes. Ma mère a fondé une école qui fonctionne encore aujourd’hui dans le village. Nous avons été éduqués dans l’école du village puis ensuite à la maison où ma mère nous a formé jusqu’à ce que nous quittions le village pour entamer des études supérieures. C’était notre première expérience d’éducation conventionnelle et cela s’est avéré très ennuyant pour nous. Cela nous a fait prendre conscience que les méthodes d’éducation conventionnelles ne prévoient pas l’enseignement des outils nécessaires à la vie quotidienne.

Notre famille et le lieu de San Isidro  était déjà connu localement pour avoir fait le choix d’un mode de vie alternatif, et un peu fou, et beaucoup de gens se déplaçaient pour venir voir ce qu’il s’y passait. Pour ma part, j’ai décidé d’étudier l’architecture, car je pensais qu’il y avait beaucoup de ressources à la campagne qui n’étaient pas ou plus utilisées pour concevoir les habitations. Je n’ai pas trouvé de réponse dans ma formation, dont j’ai le sentiment qu’elle ne m’a pas appris grand-chose, même si ce fut des études intéressantes.

Suite à cela, nous avons commencé à nous mettre en relation avec le mouvement de permaculture international et à partir de ce moment, nous avons partagé et fait avancer nos recherches sur les façons de cultiver la terre de manière responsable et de construire d’une autre manière en respectant le milieu naturel. »

Le fonctionnement de San IsidroProjet San Isidro

Cela fait maintenant 30 ans que des cours de permaculture sont dispensés dans le cadre du projet San Isidro. En parallèle, Alejandra a poursuivi son auto-formation en bio-construction. Après sa formation d’architecte « conventionnelle », elle est revenue à la campagne et a commencé à se rendre chez les paysans et à apprendre leur savoir-faire, notamment sur les constructions en Adobe, ou les toitures traditionnelles en bois, caractéristiques de l’architecture vernaculaire de la région. C’est à ce moment qu’Alejandra a commencé à se rapprocher du mouvement international de constructions naturelles, et principalement avec certains constructeurs aux USA. De la même manière que des ateliers de permaculture étaient déjà dispensés, Alejandra décide en 1994 d’organiser des ateliers de construction naturelle, mettant à l’honneur des matériaux locaux, avec des techniques de mise en œuvre accessibles.

Depuis ce moment, le projet San Isidro n’a cessé d’axer ses recherches et ses expérimentations sur les techniques de construction en terre et en paille. Dès les début, le projet San Isidro met l’accent en particulier sur l’expérimentation des constructions en ballots de paille, avec l’aide de la fondation MacArthur qui leur alloue une bourse durant 3 ans pour faire des recherches sur des techniques de construction à faible impact environnemental et qui seraient adaptées à la physiologie des femmes. A cette époque, beaucoup d’hommes Mexicains résidaient hors du pays pour travailler aux Etats-Unis. Il existait alors des villages entiers de femmes seules. Pour cette raison, il était nécessaire de développer des techniques constructives réalisables par les femmes. Les ballots de paille avaient l’avantage d’être facilement transportables et l’équipe de San Isidro a mis au point une technique d’assemblage simple (Voir article sur la technique constructive). Durant ces trois années, cette technique de construction a été partagée et enseignée à des groupes de femmes dans divers endroits du Mexique. A cette époque, la construction en paille était très peu connue, contrairement à aujourd’hui où elle est de plus en plus diffusée, sur internet et dans le monde.

Les Ateliers de bio-construction

Projet San IsidroAC : « Pour nous il est primordial de savoir transmettre un savoir-faire de qualité. Sans cela, les gens se lancent dans l’auto-construction après un atelier ou un workshop et faute de savoir-faire, réalisent un ouvrage avec des malfaçons. Ils en arrivent à la conclusion que la technique n’est pas efficace et reviennent au ciment et à la construction traditionnelle. C’est pire que tout car ils se ferment alors complètement à toute autre alternative… »

« Pour cela, nous essayons d’améliorer sans cesse nos ateliers, pour que la transmission des connaissances soit efficace, et qu’ils apportent une réponse économique et écologique très claire. Nous avons donc imaginé deux entités. Une partie qui est le centre de formation, et l’autre qui est le bureau, l’agence d’architecture. Avec l’agence, nous concevons et réalisons des projets pour des clients, qui nous servent pour l’application concrète de nos techniques et l’illustration pour les ateliers de formation. Ces deux expériences sont complémentaires. L’agence nous a également permis de prouver que, oui, nous pouvons être compétitifs avec la construction conventionnelle, tant en matière de coût que de délai et évidement en terme de qualité environnementale. Aujourd’hui, de nombreux architectes viennent assister à nos ateliers, et constatent que ces techniques fonctionnent réellement et permettent d’apporter des réponses efficaces sur de nombreux plans. »

Le projet San Isidro est passé d’un statut de « projet de vie alternative hippie » dans les années 90 à une véritable école de construction aux préoccupations et aux solutions résolument contemporaines et compétitives.

Cap’A : Quel public pour les formations ?

AC : « Le public des ateliers est très varié : Architectes mexicains, étrangers, ingénieurs, étudiants ou encore de simples citoyens préoccupés par la qualité de leur habitat et impliqués dans un projet de construction personnel… La majeure partie des élèves viennent du Mexique et seulement un faible pourcentage d’étranger (majoritairement USA et Europe) participe aux ateliers.»

Cap’A : La société mexicaine est-elle sensible à ces préoccupations environnementales dans la construction ?

AC : « Si l’on regarde à l’échelle de la société, on peut dire que non… Mais si on regarde l’évolution lors de ces 20 dernières années, on peut tout de même constater que de plus en plus de personnes se sentent concernées et de plus en plus sensibilisées à ces questions environnementales. Quand nous avons débuté, dans les années 90, notre public était constitué uniquement de hippies… Aujourd’hui, nous avons des gens en formation de tout bord et provenant de toutes les tranches de la société : des docteurs, des enseignants, des religieux, des scientifiques, des gens riches, des gens moins riches, des indigènes, des paysans, nous avons même déjà eu un millionnaire !  

La motivation principale pour tous ces gens reste d’une manière générale la préoccupation environnementale. »

« L’autre frein au développement de ces techniques dans la société mexicaine est lié au fait que l’ensemble de ces matériaux naturels comme l’adobe ou encore les sols de pierre, sont considérées comme des techniques populaires et donc assimilées à des constructions « de pauvre »… Aujourd’hui, le paradigme des gens est de construire en béton, car cela symbolise une meilleure réussite sociale, plutôt que de pratiquer les techniques de leurs ancêtres paysans. Un exemple pour illustrer ce sujet : Lorsque le gouvernement réalise le recensement de la population, l’une des questions concerne le matériau de construction utilisé pour l’habitation. Selon les critères de l’état, une construction en adobe sera considérée comme un signe de pauvreté, au même égard qu’un toit de chaume ou un sol de pierre ou encore le fait de n’être pas raccordé au réseau d’énergie. »

Pour en apprendre d’avantage sur les techniques constructives enseignées dans les ateliers du projet San Isidro, lisez nos articles sur la terre et la paille !

C.