J 400 à 403 : Arrivée en Terre de Feu

400ième jour du voyage : nous poursuivons notre descente vers le Sud, et nous n’avons jamais été aussi près du but…

Traversée en Terre de Feu

Après avoir remonté le détroit de Magellan jusqu’à son passage le plus étroit avec l’île de la Terre de Feu, nous embarquons le van sur un bac. Nous nous accrochons à la rambarde, l’excitation monte en voyant la rive d’en face se rapprocher …

Après moins de 15 minutes de traversée sur les eaux calmes du détroit, nous débarquons sur la « Grand Ile de la Terre de Feu ». Nous y voilà, sur cette île du bout du voyage, cet archipel mythique et fascinant, étendu sur près de 70 000km2.

 

La route qui se poursuit vers le Sud en direction d’Ushuaïa traverse ici encore des étendues d’herbes rases peuplées de milliers de moutons Mérinos et leurs agneaux. Le tableau est impressionnant. A perte de vue, sur plusieurs centaines de kilomètres, des petits points blancs épars s’étendent sur le fond vert sombre de la steppe.

Après être entrés par le Chili, nous atteignons le poste frontière pour l’Argentine, petit bout de territoire séparé du reste de l’Argentine par un bout de Chili, en plus du détroit de Magellan. L’archipel de la Terre de Feu se compose de la Grande Ile de la Terre de feu et d’une myriade de plus petites îles. Les deux pays se partagent l’archipel, environ deux tiers pour le Chili et un tiers pour l’Argentine. Après de nombreux différends, la frontière entre les deux pays divise la région en deux en suivant le méridien 68°36’38’’, créant une frontière rectiligne arbitraire scindant la steppe en deux.

Après être restés bloqués au poste de frontière pendant 2H en raison d’une panne de générateur, nous nous improvisons un bivouac au bord de l’Atlantique, que nous avions laissé derrière nous au Canada… ! En arrivant près de la côté, nous avons la surprise de tomber sur Hélène, Pierre et Romane, des copains voyageurs que nous avions quitté au Guatemala…! Une belle soirée imprévue, à la croisée de nos chemin, nous vers le Sud, eux vers le Nord.

Le jour où nous avons atteint Ushuaia…

D’un paysage de steppes désertiques jusqu’à la ville de Rio Grande, nous passons peu à peu à un paysage plus boisé. Des reliefs s’élèvent sur la côté puis à l’intérieur. Au bout d’une ligne droite, nous apercevons les sommets enneigés de la queue de la Cordillère des Andes, qui marque la fin des terres, morcelées en petites îles, avant l’Antarctique. Une vingtaine de kilomètres avant Ushuaia, la route devient escarpée et passe par un petit col, surplombant un grand lac intérieur, avant de redescendre sur les bords du canal de Beagle.

Il est 18h44 lorsque nous franchissons l’entrée de la ville. Nous réalisons avec émotion que nous venons d’atteindre le point le plus au Sud de l’itinéraire, le but géographique du voyage… Après 13 mois de voyage, plus de 50 000 kms parcourus  et 15 pays traversés, nous y sommes, et la sensation est difficile à décrire. Nous échangeons un regard en souriant, et profitons de l’instant.

Surplombant d’abord la ville nichée au pied de sommets blanchis, la route sinueuse descend à travers la ville, accrochée à flanc de montagne.

Arrivés en bas, sur les bords du canal, la lumière de fin de journée colore le port de teintes roses et orangées. Un immense cargo décharge des containers au bout d’une jetée.  Un navire de croisière reprend le large sur le canal de Beagle, et nous trinquons à notre voyage, sirotant deux bières fraîches  assis sur le bord de la jetée.

Ushuaia, « Baie qui pénètre vers le couchant » en langue yâmana

Ushuaia, ville la plus australe du monde

La ville d’Ushuaia, nichée dans un cadre exceptionnel, ne présente pas en elle- même un intérêt particulier. Amoncellement de petits bâtiments, recouverts de temps à autre d’un bardage bois coloré rappelant un peu la Norvège, elle est avant tout une place touristique et une base de départ pour les expéditions dans le parc Nationale de la Terre de Feu ou dans les régions plus reculées de l’Antarctique. Son charme réside avant tout dans l’ambiance qui y règne, ce sentiment de bout du monde, drainant des voyageurs du monde entier, à la recherche d’une nature sauvage, parfois hostile, mais aussi d’un mythe, d’une histoire.

L’ambiance y est particulière. Au détour des rues, de nombreuses attractions touristiques sur l’histoire de la ville  et sa région, des vitrines de restaurants présentant les « Corderos Patagonico à l’Estaca », agneau de Patagonie grillé incliné au-dessus des braises, embroché entier. Nous visitons le musée de l’histoire Fuégienne (« de la terre de feu »), qui retrace l’histoire de cette grande île et de ses peuples originels qui habitèrent la région, bien avant l’arrivée des colons et la fondation de la ville.

Terre de feu, terre d’histoire

Lors de notre traversée du détroit de Magellan, nous avons eu beau scruter, aucun feu à l’horizon. Ces feux, visibles depuis l’océan, allumés par les Amérindiens qui peuplaient la région avant l’arrivée des Européens furent à l’origine du nom donné à cette terre par Magellan, premier conquistador à découvrir ces îles. Historiquement, cette région fut d’ailleurs nommée « Magellanie», comme en témoigne le roman de Jules Vernes (« En Magellanie ») dans lequel nous nous étions plongés avant de débarquer en Terre de Feu.

S’il n’y a plus de feu depuis longtemps sur cette terre, c’est que malheureusement, l’histoire noire de la conquête du continent américain n’a pas épargné cette région si australe soit elle.

Les Selk’nams, le Yâmanas, les Haushs et le Alakalufs sont les quatre principales tribus qui peuplaient la région depuis 12 000 ans, arrivés par la terre avant que la Terre de Feu ne devienne une île. Chasseurs-cueilleurs pour certaines tribus, pêcheurs de lions et éléphants de mers en canoés pour d’autres, ces peuples nomades vivaient dans des huttes protégés de fourrures de guanacos jusque dans la seconde moitié du XIXème siècle. Au début du XXème siècle, ils n’étaient plus que quelques centaines. En l’espace de quelques dizaines d’années seulement, ils ont été décimés, victimes d’un véritable génocide, perpétré par les colons qui se sont attribués leurs terres et se sont partagé les hectares patagoniens en estancias pour l’élevage du mouton. Les quelques rares survivants seront victimes de maladies ramenées par les colons, ou attrapées par les leurs lors du voyage forcé de certains d’entre eux pour les « exposer » en Europe.

Fondée en 1884, la ville d’Ushuaia s’est d’abord développée autour du célèbre bagne qui renfermait les criminels les plus dangereux du continent, envoyés par le gouvernement Argentin dans cette contrée australe aux conditions de vies plus que rudes, pour peupler et s’approprier cette région reculée et désormais déserte, une « colonisation pénitentiaire » en quelque sorte. Avec le petit village de quelques baraques de bois hébergeant les premiers pionniers venus tenter leur chance au bout du monde, le bagne fournit la main d’œuvre nécessaire pour ériger peu à peu la ville. En plus de bâtir leurs propres cellules et de paver les rues, les forçats construisent entre autre la ligne de chemin de fer devenue célèbre, celle du train du bout du monde, reliant Ushuaia au Parc National de la Terre de Feu, servant à ramener le bois de chauffage et les matériaux de construction jusqu’à la colonie pénitentiaire. Le bagne reste en activité jusqu’en 1947, date à laquelle les autorités argentines décident d’en fermer définitivement les portes.

Aujourd’hui, la ville d’Ushuaia compte près de 60 000 habitants et s’est considérablement développée depuis les années 70, boostée par le tourisme international et les activités industrielles et portuaires implantées dans cette zone franche.

Après avoir parcouru les rues abruptes de la ville et dégusté les spécialités locales, Centolla (Araignée de mer) et Agneau de Patagonie, nous reprenons la piste vers le Sud pour une ultime étape avant d’entamer notre remontée vers Buenos-Aires, direction le Parque National de la Tierra Del Fuego, situé à une vingtaine de kilomètres de là…

C.

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